« Dans Tintin, il n’y a aucun dircom », David Abiker

Hier DRH et DirCOM, aujourd’hui observateur avisé des médias et de la communication, We Are COM a rencontré David Abiker.

Après 15 années dans le monde de l’entreprise (publique comme privée), David Abiker a basculé dans la chronique et le journalisme en 2007. Cette traversée du miroir l’amène chaque week-end à animer l’émission C‘est arrivé cette semaine et C’est arrivé demain sur Europe 1 de 9h à 10h. On lit sa prose aiguisée à l’envie dans les magazines Management, Marie-Claire et 01 Net. En chaire et en os, on le retrouve sur Paris Première dans l’équipe de chroniqueurs de l’émission Ça balance à Paris. Il est également l’auteur de plusieurs essais et romans dont Le Musée de l’homme adapté pour la chaîne Arte et diffusé en 2013. Avec un tel parcours, nous nous demandions ce qu’il pouvait bien penser de nous autres communicants. Go pour l’interview de l’intervieweur !

 

Bonjour David, welcome sur We Are COM ! Vous êtes journaliste et nous avions voulu l’être. Souvent les communicants ont rêvé d’être journalistes et souvent les journalistes deviennent communicants. Comment expliquez-vous cette porosité entre nos deux métiers qui pourtant se font face au quotidien ?

Dans le silence des agneaux, Hannibal demande à l’agent Clarice Starling : « Agent Starling, que désire-t-on ? ». L’agent Starling sèche et Hannibal lui répond : « Ce que l’on voit souvent ». La réponse est peut-être dans la devinette d’Hannibal Lecter… Disons que la communication peut offrir un débouché aux journalistes qui souhaitent quitter ce métier. A force d’annoncer de mauvaises nouvelles, sans doute ont-ils envie d’aller aider des entreprises ou des institutions à parler d’un monde meilleur… Quant aux rêves des communicants, je ne les connais pas. Encore moins ceux des dircoms ! Vous savez, vous, à quoi rêvent les dircoms ? Si ça se trouve, ils rêvent d’avoir autant d’influence sur leur patron que le directeur financier ou le directeur commercial, peut-être se rêvent-ils en Machiavel du Prince, en Séguéla de Mitterrand, etc. Je ne suis pas dans leur tête, et fort heureusement.

Si la communication se joue à plusieurs, le communicant et le journaliste sont-ils dans la même équipe ?

Non, certainement pas. Dans Tintin, il n’y a aucun dircom. Le dircom omniprésent est une création de la société industrielle moderne. Le dircom arrive dans les séries modernes, où l’on voit bien son rôle d’influence et de contrefeu. Disons que c’est un interlocuteur, un partenaire de confiance. Simplement on ne peut pas parler d’un équipier. Ça voudrait dire que le dircom a son bureau dans une rédaction. Ça voudrait aussi dire que le journaliste et le dircom jouent sur le même terrain, je ne crois pas. Le terrain du journaliste c’est l’info, les programmes et le public ; celui du dircom c’est ses cibles à lui : clients, fournisseurs, actionnaires, etc. Néanmoins, avec la multiplication des chaînes TV, il y a un besoin énorme d’invités. Je parlerais même d’une bourse aux invités. Le dircom peut aussi être un pourvoyeur d’invités pour un système médiatique qui n’est pas à l’abri de l’addiction…

« L’information, c’est le pouvoir » mais si les marques diffusent elles-aussi de l’info, qui a le pouvoir ?

Je connais des entreprises assises sur des tonnes de données et qui ne savent pas quoi en faire parce qu’elles ne distinguent pas l’information de la communication. Je peux vous ouvrir ma boite mail qui est pleine de communiqués qui distinguent parfaitement l’information de la communication, l’événement du fait, le patron inspiré et génial qu’il faut soi-disant absolument rencontrer de l’acteur économique qui lui peut parler d’autre chose que de son œuvre avec un vrai talent pédagogique.
Je suis plus intéressé par la capacité de certaines marques à fabriquer des médias. Ça passe toujours par une mise en retrait de leur nom au profit de l’information, mais peu l’ont compris. Le logo, la citation, la visibilité ça les obsède encore pas mal quand même…

Justement la « COM à la papa » + la génération Y dans les directions de Communication, est-ce un cocktail explosif ?

Je n’en sais rien. C’est la première génération qui se demande comment travailler avec la précédente. Je pense qu’elle a un problème psychologique. Quand les scouts encadrent des scouts plus jeunes, ils ne se demandent pas comment faire et ne font pas des colloques interminables sur ces Y qui sont si compliqués à manager. Ils les emmènent en randonnée, ils chantent, font des cabanes, etc. Le malentendu viendrait peut-être de la disparition du travail au profit de la gestion permanente de flux d’information dans les organisations. Oui, ça brouille les repères de ce qui est un travail et de ce qui ne l’est pas.

« L’enfer, c’est les autres » non ?

L’enfer c’est les autres jusqu’à ce qu’on les comprenne, qu’on les aime ou qu’on apprenne d’eux. Sartre a donné avec cette formule un excellent prétexte à la paresse et à la curiosité. Peut-être passait-il trop de temps sur les réseaux sociaux…

Maintenant avec les réseaux sociaux, l’individu peut échanger avec une marque comme il le ferait avec un ami. Selon vous, est-il sain de tutoyer une bouteille d’Oasis sur Facebook ?

Personnellement je tutoie mon chien et ça me suffit. En revanche insulter ou féliciter une marque sur Internet peut apporter des satisfactions d’ordre psychologique incontestables. Ceci dit, insulter ou féliciter son chien aussi.

Puisque vous aimez la psychologie… Nous sommes un collectif de communicants passionnés. Est-ce encore un métier ou une nouvelle pathologie du travail ?

Il faut vous interviewer pour le savoir. Si non j’ai une très bonne psychanalyste. Ceci dit Freud disait être normal c’est aimer et travailler. Aimer son travail ne peut pas faire de mal.

Aimer son travail ne suffit pas. L’expérience est nécessaire pour être « un bon communicant », mais comment rester en même temps un éternel débutant ?

Il faut demander aux débutants, généralement, ils aiment passer du temps avec des gens qui partagent leur expérience. Il faut être un peu candide, ça oui. Ça permet de rester curieux et de se laisser gagner par ce que les autres ont à vous enseigner ou à vous raconter.

Et le « personal branling » comme vous le dites, est-ce une étape indispensable pour devenir DirCOM ?

Puisqu’on vient de parler d’expérience, je crois que c’est l’expérience qui autorise le personal branding. Pas l’inverse mais je suis old school.

Au final à choisir, vous seriez plutôt un DRH raté ou un super DirCOM ?

Je suis sorti de ces deux impasses en libérant ces fonctions pour des meilleurs que moi 😉

 

3 choses à savoir sur David Abiker

  • > Il a été chroniqueur de l’émission Arrêt sur images, sur France 5, aux côtés de Daniel Schneidermann
  • > Il se passionne pour les nouveaux usages et ne soigne pas son addiction à l’info : suivez-le sur @DavidAbiker
  • > Il est devenu tardivement curieux

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