Web : faut-il écrire des articles courts ou longs ?

💡 La question revient souvent : sur le web, est-il préférable de publier des articles courts ou des articles longs ? L’internaute lit vite, il zappe. On parle de lecture fuyante. Son œil s’arrête en priorité sur le titre, le chapeau (ou chapô) et les intertitres. Et pourtant, certains, j’en fais moi-même partie, continuent à publier des textes à riche contenu. Ont-ils raison ? Et vous, vous êtes plutôt adepte du « snackable » ou du gros pavé ? 🕵 

L’appel du court !

📉 Les internautes passent de moins en moins de temps sur un article. Diverses études marketing concluent toutes à un temps moyen de lecture d’un article en ligne à 8 secondes. De quoi décourager les rédacteurs.

Ce phénomène se propage et touche également la pratique de la lecture plus littéraire. Le site Reading lengh, qui a vu le jour en 2019, met à notre disposition un algorithme capable de calculer le temps de lecture estimé. Un tiers des lecteurs abandonnerait leur livre pour une raison de temps (étude d’Opinion Way de 2017.Avant de se laisser embarquer par un récit, assurons-nous que cela ne nous prendra pas trop de notre précieux temps ! Ready or not ready to read ? That is the question. 🤓

Pop culture et pop lecture ⚡️

Le court, ça marche ! Pourquoi ? Parce que le court, c’est « fast » ! Les vidéos « fast & curious » ou encore « fast life », surfent sur cette tendance. Intégrée, cette contrainte devient un élément créatif. Les vidéos sont faites pour les gens pressés et curieux. Follement innovant et énormément plagié depuis, ce format vidéo ultra-moderne s’inscrit dans le phénomène de la cut communication. On ne s’embête plus avec des introductions inutiles, des questions soporifiques d’un journaliste ou encore des génériques sans fin. C’est direct comme un uppercut ! Résultat : le tabloïd en ligne Konbini (made in France cocorico ! 🇫🇷) diffuse des vidéos qui comptent parmi les plus vues, partagées et commentées du web. Konbini annonce toucher 7 millions de millennials (18-35 ans) français, soit plus de 50% de couverture sur cette cible.

Écrire court : un langage start-up

Lors d’un entretien sur le langage des start-up pour l’Usine Digitale en 2017, la linguiste Jeanne Bordeau répond à Christine Kerdellant :

La langue des start-ups est née du digital. Elle est sobre, dense, scénarisée. Face à l’autre, pas de littérature, il faut aller dans la chair de l’information, que ce soit pour susciter la conversation ou engager le client à l’action. Dans une époque mobile, il faut posséder un propos nerveux et percutant. Le court est un phénomène d’époque. On parle une langue efficace, qui incarne l’action. Et on écrit comme on vit.

👊 Écrire court est donc synonyme d’efficacité. Et les pratiques de lecture en ligne vont dans ce sens. Pour se caler au rythme de l’internaute, il convient d’adopter une écriture énergique. La longueur des propos constitue désormais un véritable frein. Le travail du rédacteur consiste aujourd’hui à raccourcir et condenser à l’extrême afin de muscler ses publications. Le « court » devient un acronyme porteur de promesses :

  • Concision : aller à l’essentiel
  • Optimisation : privilégier les mots clefs au verbiage contre-productif
  • User eXperience : améliorer l’expérience utilisateur, en facilitant l’accès à l’information et sa boulimie de contenus nouveaux, ce qu’on appelle « infobésité »
  • Rapidité
  • Tension : pour donner de la puissance et augmenter la portée de ses écrits !

Être bref : ils le revendiquent !

L’agence en inbound marketing 1m30 fait de la lecture express sa signature : 1 minute 30, c’est le temps de lecture qu’il vous faut consacrer par article. Personnellement, on est fan, c’est une vraie incitation à lire !  En même temps, est-ce vraiment court ? Quand on sait que le temps moyen passé par un internaute sur un article est de 8 secondes…

Certains médias d’information affichent en préambule le temps de lecture de leur article. De même que certaines plateformes de contenus, comme Medium, dont est extraite l’image suivante :

L’appel du long !

Alors que tout pousse à raccourcir, voilà qu’en 2017, Twitter multiplie par deux le nombre des caractères autorisés pour un tweet, passant de 140 à 280 caractères. Autre tendance ? L’allongement des légendes sur Instagram. Observez plutôt… 👀

Instagram, qui pourtant a forgé sa réputation sur l’image, permet d’utiliser jusqu’à 2200 caractères, l’équivalent de 400 mots environ. Une légende Instagram de qualité doit capter l’attention des utilisateurs. Plus une personne passe de temps à lire le contenu d’un post et à interagir avec lui, meilleur est le référencement généré par l’algorithme de la plateforme. Par ailleurs, une étude révèle la corrélation entre longueur de la légende d’une publication Instagram et taux d’engagement.

Autre indicateur intéressant, le graphisme suivant, extrait d’une étude de l’agence Fractl. Nous y apprenons que les publications courtes suscitent certes le plus grand taux d’engagements, mais que certains articles longs ont eux aussi un excellent taux de partage :

Etude Agence Fractl 2020 / source BuzzSumo data

Beaucoup d’articles au contenu particulièrement riche en mots affichent un grand nombre de partages. Et si la raison se trouvait du côté des sujets et de la qualité du traitement des contenus ? Chez certains lecteurs, la longueur d’un article est un signe de qualité. En fait, tout dépendrait de son projet de lecture. Recherche-t-il une réponse rapide à une question ? Ou est-il, au contraire, en quête d’un contenu approfondi qui l’aidera dans sa prise de décision ? Pour en revenir à la formule consacrée : faire court ou long ? Ça dépend !

Écrire long pour prouver son expertise 🎓

J’ai identifié plusieurs sujets qui justifient des contenus plus longs que la moyenne :

  • Fiche explicative d’un produit
  • Étude comparative détaillée
  • Bilan d’une opération ou d’un événement
  • Analyse d’une situation confrontant plusieurs points de vue, plusieurs options
  • Histoire à rebondissements
  • Interview
  • Méthodologie détaillée

Prendre le temps d’expliquer est utile quand on veut comprendre, comparer, analyser, apprendre.

Cela s’avère également très précieux pour se plonger pleinement dans un sujet, mettant ainsi son quotidien entre parenthèses. Le long invite à l’exploration, à la réflexion, à l’installation dans un espace-temps consacré à soi. ☕️ C’est une des raisons du succès des podcasts, qui nous invitent à une expérience d’écoute bien plus longue que 8 secondes :

  • 83% des épisodes de marque durent entre 5 et 30 minutes,
  • 41% des podcasts durent entre 10 et 30 minutes !

Écrire long : c’est bon pour son SEO

Ça semble logique : plus le texte est long, plus vous avez l’opportunité d’y placer des mots clefs. 💪 En publiant des articles longs, vous augmentez naturellement votre référencement naturel. L’approche par les questions permet de répondre aux différentes questions des internautes.

Menée en 2017, cette étude SEMrush confirme la donne avec ses différents rapports sur les critères de rankingLa longueur du texte est un critère important dans le référencement. Elle n’est bien évidemment pas la seule raison d’un bon référencement ! D’ailleurs, Google est très clair à ce sujet : être minimaliste est un mauvais calcul ! Pour preuve, les contenus plus longs arrivent en pôle position dans les SERPs (pages-résultats sur un moteur de recherche). 

Notons que cette autre étude va également dans ce sens :

Écrire long pour certaines cibles

Ils sont chercheurs, étudiants, professionnels experts dans leur domaine. Ils sont à la recherche de contenus riches. Pour ces lecteurs, le long est synonyme de qualité. La longueur du contenu permet en effet de :

  • Multiplier les exemples
  • Argumenter
  • Diversifier ses sources d’information
  • Varier les contenus par du texte, des photos, de la vidéo, des infographies

😉 Astuces pour faciliter la lecture d’un texte long

💪 En plus du court, musclez vos publications longues en y appliquant quelques règles essentielles de rédaction web :

  • Rythmez des paragraphes introduits par des intertitres signifiants
  • Introduisez des visuels pour capter l’attention et faire varier les contenus : photographies, pictogrammes, infographies et citations apportent de la couleur et facilitent la mémorisation
  • Soignez votre mise en page : claire et aérée
  • Utilisez l’outil sommaire interactif : il permet de se rendre directement au paragraphe qui nous intéresse
  • Relancez l’intérêt par des questions et des transitions
  • Glissez des Call To Action à différents endroits pour accompagner chaque lecteur dans sa lecture
  • Et surtout, soyez intéressants, en délivrant des contenus utiles pour vos lecteurs

Court ou long, à vous de choisir !

Vous voulez booster engagements ?Vous n’avez pas de contrainte de publication quotidienne ?
Vous voulez publier très souvent ?Vous voulez mettre en avant votre expertise ?
Vos lecteurs sont adeptes de la pop culture et de la cut communication ?Vos lecteurs recherchent des contenus riches et approfondis ?
Choisissez le court !Choisissez le long !

Bonus : indiquez le temps de lecture

  • Afficher le temps de lecture estimé en haut de votre publication.
  • Utiliser la barre de progression qui accompagne la lecture et indique au lecteur où il en est.
  • Intégrer un plugin à votre site : Re Bar, Reading time, Read Remaining… Faites confiance à votre webmaster pour trouver le meilleur !

Ce qu’il faut retenir ?

Laissons le mot de la fin à Seth Godin. Dans son livre ON ! The Future of Now, l’entrepreneur américain, ancien responsable du marketing direct de Yahoo, donne aux amateurs du long ce conseil que nous pouvons faire notre :

S’il vous plaît, donnez-moi quelque chose de long, mais faites en sorte que je ne perde pas mon temps.

Un autre conseil : dès lors qu’un texte est ressenti comme long, c’est qu’il n’est jamais assez court !

À bon entendeur ! 🙏

Anne Josse,

Consultante en stratégie de communication, stratégie éditoriale et stratégie des contenus

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