Comment fonctionnent les rédactions ? Quels réflexes adopter pour capter efficacement l’attention des journalistes ? De quelle manière construire une relation durable avec les médias ? En quoi le digital impacte-t-il les relations presse ? 🚀 Entre conseils pratiques à suivre et faux pas à bannir, deux journalistes ont accepté de se confier au Club We Are COM !
🤔 Qu’attendent véritablement les journalistes des communicants ? Quelles sont les bonnes pratiques pour des relations presse efficaces ? Isabelle Gounin-Lévy, journaliste sur LCI et secrétaire générale adjointe de l’Association des Journalistes Economiques et Financiers – AJEF – et Carole Chatelain, journaliste et Présidente de l’Association des Journalistes Scientifiques de la Presse d’Information – AJSPI – ont répondu à nos questions.
Mieux connaître les attentes des médias, c’est déjà commencer à mieux collaborer. 📣 Et si on apprenait enfin à se comprendre ?
Isabelle Gounin-Levy,
Carole Chatelain,
# Comprendre le quotidien des journalistes
Comment est organisée une rédaction ?
Carole Chatelain : Une rédaction est un système extrêmement hiérarchisé, comprenant des directeurs et directrices de rédaction, des rédacteurs et rédactrices en chef et des journalistes. Autour de ce pôle, gravitent également des pigistes, ces journalistes freelance non postés, parfois négligés par les communicants, dont le rôle est pourtant majeur.
Isabelle Gounin-Lévy : Effectivement, une rédaction est un service pyramidal. Toutefois, en presse télévisée, ce service est relativement éclaté. Entre les journalistes à la rédaction, ceux à l’antenne, ceux sur le terrain… Les amplitudes horaires sont très différentes et la machine ne s’arrête finalement jamais.
Qui est le garant de la ligne éditoriale ?
C. C. : La ligne éditoriale est fixée par la direction de la rédaction, et s’applique en bonne intelligence. Les journalistes de terrain formulent des propositions et le choix se fait ensemble, malgré la hiérarchie d’une rédaction.
I. GL. : Chez nous, la ligne éditoriale s’élabore également en équipe, mais une donnée essentielle entre en compte : la mesure d’audience. Les spectateurs influencent directement nos décisions. C’est parfois presque un peu excessif, mais notre mission est de les satisfaire avant tout. Aussi, un programme qui plaît est immédiatement renforcé et un programme qui peine à trouver des spectateurs est amené à disparaître. J’imagine que dans la presse écrite, la sanction est moins immédiate.
C. C. : C’est vrai que les enquêtes auprès des lecteurs sont assez rares car très onéreuses. En presse écrite, la mesure d’audience est moins précise, elle se calcule le plus souvent à partir des rapports d’abonnements et d’enquêtes appelées des « vu-lu »..
À quoi ressemble une journée type d’un journaliste dans les médias que vous avez fréquentés ?
C. C. : De manière générale, un journaliste n’a pas l’obligation de se rendre dans sa rédaction, hormis pour participer aux réunions éditoriales et rendre compte de ce qu’il a observé sur le terrain. Ce qu’il faut retenir, c’est que le temps d’un journaliste est extrêmement précieux.
I. GL. : C’est peut-être l’aspect le plus important du métier de journaliste : il n’y a pas de pause dans l’information ! On ne débranche jamais. Même lorsque nous ne sommes pas censés travailler, nous gardons un œil sur l’actualité. Mais, il me semble qu’il en est de même pour les communicants. 🙂
Comment choisissez-vous les sujets que vous traitez ? Les personnalités que vous invitez ?
I. GL. : Nous n’avons qu’un maître mot : actualité ! Tous nos sujets sont choisis en fonction de l’actualité. D’ailleurs, lorsque celle-ci est un peu “molle”, cela peut nous poser problème.
De plus en plus, les communicants et les responsables politiques créent leurs propres actualités.
Quel rôle joue l’instantanéité de l’information dans votre quotidien ?
C. C. : L’instantanéité guide notre travail. Nous sommes très dépendants de l’actualité. Je me souviens que lorsque l’accident nucléaire de Fukushima s’est produit, nous étions en train de boucler un numéro. Alors, nous avons dû tout reprendre depuis le début dans l’urgence, pour inclure des enquêtes sur cet accident majeur et en faire notre « Une ». Notre rôle consiste à aborder les sujets les plus importants pour les lecteurs.
I. GL. : Cette notion de bouclage est en effet très compliquée. On a toujours envie de rajouter quelque chose. Comment un média hebdo peut-il apporter de la valeur ajoutée à un quotidien ? Entre programme de radio ou de télévision, comment se démarquer ? Quoi qu’il en soit, nous devons toujours faire vite, enrichir le contenu et le doter d’une plus-value.
#Les attentes des journalistes vis-à-vis des communicants
Qu’attendez-vous d’un communicant, interlocuteur d’une entreprise ou d’une institution ?
I. GL. : Nous avons besoin des communicants autant que les communicants ont besoin des journalistes. Les communicants sont des intermédiaires entre la source d’information et le média, et cela fonctionne bien !
Lorsqu’un communicant prend contact avec moi, j’apprécie qu’il aille à l’essentiel. Notre temps étant précieux, nous avons besoin d’informations claires, percutantes et concernantes. Aussi, évitez les mails à rallonge et communiqués de presse qui tournent autour du pot. Et d’ailleurs, n’hésitez pas à doubler vos mails d’un petit SMS. 🙂
C. C. : Le journaliste et le communicant entretiennent des rapports ambigus. Tous deux cherchent à transmettre l’information, le premier en la décryptant, le second en la valorisant. Nous avons besoin les uns des autres, pourtant trop souvent le journaliste perçoit le communicant comme une barrière, un obstacle entre sa source et lui-même.
La communication peut altérer la création du lien de confiance entre un journaliste et son interlocuteur. Notre carnet d’adresses est essentiel et la présence d’une tierce personne peut le fragiliser.
Mais ceci n’est pas une fatalité ! Nous avons besoin les uns des autres, il nous faut simplement apprendre à se comprendre pour construire des rapports de confiance. J’ajouterais que, notre timing étant très serré, la réactivité de nos interlocuteurs est essentielle.
I. GL. : Qu’il est frustrant d’attendre l’information d’un communicant qui ne vous répond pas ! Je sais que parfois vous pouvez avoir quelques réticences à communiquer sur des informations chaudes. Toutefois, il est toujours plus avantageux de tenir informé un journaliste, que de le laisser dans le flou. Un journaliste qui pense qu’on lui cache quelque chose aura invariablement envie de creuser.
Comment choisissez-vous vos sources ?
C. C. : Sans surprise, nous privilégions les sources qui sont réactives et disponibles. De manière plus générale, si vous voulez qu’un journaliste se penche sur votre sollicitation, apportez-nous l’information sans ambages. Oubliez les objets de mail trop vagues et les communiqués de presse trop longs. Nous avons besoin d’entrer directement dans le vif du sujet. Plus c’est intelligible et rapide, mieux c’est !
I. GL. : Les journalistes ne sont pas difficiles d’accès. Il suffit de prendre son téléphone en expliquant clairement la thématique d’actualité et présentant brièvement le profil de l’intervenant. Autrement dit, il suffit de comprendre notre pragmatisme. 🙂
Un autre point me semble important : c’est à la communication d’aller motiver les experts, notamment les expertes, qui souvent osent moins se lancer.
#Les erreurs fréquentes à éviter en relations presse
C. C. : Les mails hors sujet, les explications trop longues et l’insistance excessive de certains communicants agacent les journalistes. Au-delà de la prise de contact, évitez de matraquer votre expert d’éléments de langage. Le journaliste cherche à avoir accès à une parole vraie et non un discours contrôlé par la communication.
Concernant la presse écrite, la demande de relecture d’une interview est généralement mal perçue. C’est une question d’éthique. Personnellement, je ne donne un droit de regard que sur les citations, afin de ne pas dénuer mon papier de toute sa liberté. Encore une fois, nous en revenons à cette notion de confiance.
I. GL. : Trop souvent, les communicants estiment qu’un discours percutant est un discours long. C’est faux ! Quelques secondes bien ficelées suffisent à faire passer la bonne information. Un intervenant qui saisit cela a de grandes chances d’être sollicité à nouveau.
Enfin, les journalistes apprécient aussi les informations “en off”. Il est important pour nous de collecter des éléments de contexte. Et rappelez-vous que tout ce qui est dit n’est pas systématiquement diffusé.
#L’évolution des relations presse à l’ère du digital
Comment les réseaux sociaux et les nouveaux formats influencent-ils votre manière de travailler ? Qu’est devenu le “scoop” ?
I. GL. : Les réseaux sociaux ont suscité un réel engouement, qui semble s’étioler depuis quelques années. Aujourd’hui, les internautes se méfient de ces plateformes qui relayent des informations biaisées, partiales ou partielles.
Quant au scoop, il se raréfie. Dans un monde où les services de communication sont extrêmement organisés et où les relations presse sont de plus en plus institutionnalisées, l’information inédite disparaît. Et malheureusement, avec, une certaine spontanéité.
En télévision, la véritable question est de savoir si l’information délivrée est vraie. Nous devons en permanence tout vérifier.
C. C. : Quel canal faut-il favoriser pour conserver l’exclusivité ? Avec le digital, la gestion du scoop – ou de ce qu’il en reste – est particulièrement compliquée. Tout est repris tellement vite…
Pour l’anecdote, il y a quelques années, nous avions été informés d’un scoop concernant une découverte archéologique. Pour faire paraître cette actualité inédite, nous avons dû nous battre contre l’institution. Celle-ci, pour plus de visibilité, souhaitait partager sa découverte aux médias massivement.
D’ailleurs, le digital et l’obligation pour la presse écrite d’alimenter des sites web impactent également nos métiers. Les contraintes de production s’intensifient, le rythme devient infernal et les actualisations permanentes. Heureusement, à condition d’être très scrupuleusement employée et uniquement dans un but de gain de temps pour le recueil de données par exemple, les IA peuvent aujourd’hui soulager le travail des journalistes dans les médias digitaux mais évidemment en aucun cas les remplacer.
#Les conseils pratiques pour des relations presse efficaces
Comment établir une relation de confiance entre communicants et journalistes ?
C. C. : La relation de confiance est avant tout une relation humaine. On connaît les communicants des entreprises et des institutions avec lesquelles on travaille régulièrement, ceux avec qui nous avons eu l’occasion de boire un café et d’échanger authentiquement.
Une fois cette relation de confiance établie, le binôme doit pouvoir tout se dire. Le journaliste est alors capable de garder une information “en off” et de travailler sous embargo.
I. GL. : Au-delà de la relation de confiance, je dirais que la relation d’efficacité est primordiale. Quand un communicant parvient à anticiper les besoins d’un journaliste c’est magnifique. La relation doit être proactive et réactive, pour ensemble créer quelque chose de mémorable dans le moment.
Sur les plateaux, à l’issue d’une collaboration, nous partageons nos ressentis. Cette partie “en off”, ce petit moment d’échange, est effectivement nécessaire à une collaboration de confiance. Communicants, ne soyez pas trop frileux ou trop prudents, nous avons besoin d‘une parole vraie, sourcée et efficace.

