« L’image parle plus que les mots »

De la photo statutaire du « chef » à la photo instantanée des « gens », l’image est devenue omniprésente dans nos vies. Pourtant face à ce déferlement de pixels, nous sommes souvent à la recherche de LA photo. Celle qui nous interpelle, celle qui interprète. Mais comment la trouver ? Comment l’utiliser ? Un peu perdue, la team a appelé à l’aide une auteure-photographe, Hermance Triay, véritable orfèvre du portrait. Une rencontre sans cliché.

 

Hello Hermance ! Notre première question est pour nous-même… Comment convaincre son directeur général de changer (enfin) de photographe ?

Gardez votre photographe si c’est le bon ! Choisir son photographe, c’est avant tout faire une rencontre. Il faut qu’il soit suffisamment fin pour saisir votre besoin, suffisamment créatif pour traduire vos mots en images et les renouveler, suffisamment ferme pour donner le rythme qui convient à la séance de prises de vues.

Avant d’avoir l’œil, un photographe doit avoir une bonne oreille. Rencontrez-le et assurez-vous qu’il comprenne les enjeux liés au portrait, les codes de votre profession. Je me souviens de cette PDG qui me disait « je veux montrer les signes de l’énergie de la jeunesse » et qu’on sente en même temps l’expérience. Elle avait besoin d’un portrait qui démontrait subtilement tout cela.

Concrètement comment briefer un photographe ?

Votre cahier des charges doit comporter trois points : le nombre d’images souhaité, le budget et le message clair et surtout unique que les photographies doivent véhiculer. L’écueil est de se limiter à décrire ce dont on ne veut pas. Mon conseil : si la formulation du message n’est pas évidente, faites une recherche pour montrer des exemples qui serviront de base à l’échange et au brief. Une image est souvent plus parlante que des mots.
Et puis, faites-le rêver ! Partagez avec lui vos défis, vos challenges, vos envies artistiques. Le photographe est comme vous, il aime s’investir dans un travail gratifiant et à envie de réalisations qui ont du sens.

Le jour J, comment être vraiment utile sans se transformer en plante verte ?

En tant que responsable de la Communication, votre mission est essentielle. En amont d’une séance de portraits, par exemple, il s’agit de préparer une salle dégagée pour accueillir mon studio mobile, d’organiser un planning strict et surtout de faire le lien avec les collaborateurs qui vont être photographiés. Chacun doit être sur son 31, il est impératif que quelqu’un relaie le message du photographe au sein de l’équipe. Il m’est même arrivé de demander à des collaboratrices de prévoir et d’apporter sur cintre leurs vêtements la veille. Grâce à mon complice en interne, elles se sont présentées parées et coordonnées.
Le jour J, c’est de souplesse qu’il faut faire preuve pour faciliter le travail du photographe, notamment avec les ajustements de planning liés aux contretemps. Enfin, vous jouerez sûrement le rôle de la « doublure lumière » comme au cinéma.

Et au final qu’est-ce qu’une « bonne photo » ?

Si le regard est accroché, c’est que l’image interpelle. Et retenir l’attention plus d’une seconde, voilà toute l’ambition d’une photographie !
En entreprise, l’image réussie contient un seul message et un message lisible ! Votre portrait doit présenter une personnalité compétente, assurée, avec qui on aura plaisir à œuvrer. Le bon portrait reflète ce que vous avez de meilleur à offrir et cela est possible quand vous avez pris plaisir à vous faire photographier.

Au fait les droits d’auteur, comment ça marche ?

Le photographe a le statut d’auteur et le droit d’auteur s’applique. L’entreprise paie le photographe pour la journée de prise de vues, puis pour les droits d’utilisation de chaque image. L’étendue des droits d’exploitation de l’image est déterminée par l’usage que l’on souhaite en faire : quel(s) support(s) de diffusion, dans quel(s) pays et pour combien de temps. Il faut comprendre que l’on achète un droit pour une utilisation définie et qu’une photographie est une œuvre inaliénable qui reste la propriété intellectuelle du photographe. Autrement dit, le photographe doit toujours être cité en copyright comme auteur, notamment dans les mentions légales du site.

Le portrait est-il un exercice imposé et immuable ? Le selfie, apogée ou vulgarité du portrait ?

Il faut faire la part entre l’Art, son histoire du portrait et de l’autoportrait, et le selfie. L’histoire de l’Art est aussi l’histoire des innovations techniques et technologiques qui permettent la production d’œuvres. En portrait, le médium de choix a longtemps été la peinture. Au départ la photo était confidentielle, d’abord utilisée par les artistes, un peu vulgaire cette affaire. Elle s’est démocratisée, les portraits sont devenus plus vivants, plus « naturels » car l’image fixée de plus en plus rapidement permet de surprendre le mouvement. À la fois exercice imposé et immuable, le portrait résulte des avancées techniques et suit des modes, il s’intègre souvent à une démarche artistique.
L’avènement du selfie est lui le résultat de la démocratisation du Smartphone doté d’un appareil photo et de l’accès immédiat aux réseaux sociaux. Cette technologie permet de documenter pour sa communauté l’extraordinaire de son existence en publiant des images de soi se regardant se photographier. On espère un feed-back approbateur. Le selfie a ses codes, tant et si bien que les personnages publics s’y mettent et miment une existence où « ils ne sont pas comme nous mais ils font comme nous ». Le Smartphone joue même les minilab en proposant des modes d’embellissement des images selon des tendances esthétiques photographiques du moment, mais a priori il n’y a pas de démarche artistique dans le selfie.
Le rapport au portrait classique est différent car la personne se confie au photographe le temps d’une séance, le résultat est un travail construit à deux dont la vocation n’est pas d’exister dans l’immédiat seulement, au travers du regard de l’autre d’abord. Le portrait est un instant… pérenne, à transmettre en héritage !

Entre nous… dîtes-nous : pourquoi avons-nous si peur devant l’objectif ?

N’avez-vous pas peur de vous faire voler votre âme par l’objectif ? Une séance de portrait confronte l’image que l’on se fait de soi, avec l’image que l’on veut donner de soi, l’image que l’on craint de donner, l’image que le photographe saura capturer. Plus l’image que l’on se fait de soi et celle que l’on veut donner coïncident, mieux se passe la séance. Choisissez un photographe qui a le talent d’établir simplement un échange qui met la personne à l’aise, dans les dispositions d’esprit les mieux appropriées à faire émerger la personnalité que l’on veut rencontrer.

Comment faites-vous pour mettre à l’aise le ou la photographié.e ?

Il faut se faire confiance, cela donne à chacun au fur et à mesure de la séance plus de liberté. J’aime savoir ce que la personne attend de sa photographie. Puis c’est ma capacité à accompagner la personne, la familiariser avec l’objectif, qui la sort du stress et permet de dégager un portrait authentique et pertinent où transparaît sa personnalité. Je me souviens d’un grand patron habitué à des séances fastidieuses qui m’a dit : « avec vous c’était simple et sans douleur, je me sens en pleine forme ! »

Enfin quelles sont les erreurs à absolument éviter en photo d’entreprise ?

Pour que la photographie aille au mieux de soi… elle se prépare soigneusement et vit pleinement l’instant de la séance ! Les erreurs les plus classiques : ne pas avoir prévenues les personnes concernées, faire trop de différences hiérarchiques au risque que certains se minimisent, passer commande de portraits en plan large et imaginer que les recadrer en plan serré est une solution économique de qualité équivalente à un portrait pris en plan serré, vouloir trop bien faire devant l’objectif, en oublier de respirer, brider son intuition pour mieux appliquer de vieilles recettes qui produisent d’ennuyeux clichés, essayer un nouveau coiffeur la veille de la séance, etc. Vivez la séance comme un jeu, soyez confiant : « installez-vous », vous êtes à votre place !

 

3 choses à savoir sur Hermance Triay

  • > Elle prend ses photos de vacances avec son smartphone (chut !)
  • > Elle a perfectionné son savoir-faire au studio Harcourt après être diplômée de l’EnsAD Paris (École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris)
  • > Elle ne compte plus les personnalités capturées par son objectif et qui sont à découvrir par ici.

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *