COVID-19 : l’événementiel n’a pas dit son dernier mot

La team We Are COM, bien confinée, profite du calme pour s’interroger sur l’impact de la crise sanitaire mondiale du COVID-19 pour notre secteur. Entrepreneur dans l’âme et communicant avisé, Frédéric Bedin – Président du directoire de Hopscotch Groupe – a répondu à nos petites et grandes questions. Quel est l’effet sur le domaine de l’événementiel ? S’agit-il d’une traversée numérique ? Doit-on réinventer nos modes d’interaction, et nos flux d’information ? Un éclairage sans langue de bois sur cette situation exceptionnelle. Bienvenue en communication postmoderne !

De manière pratico-pratique, quel est l’impact du COVID-19 sur les grands événements Frédéric ?

Tous les grands événements mondiaux sont reportés d’un an, ni plus, ni moins. Côté football, l’UEFA a déjà annoncé que l’Euro 2020 se tiendra en 2021, avec le même dispositif. Idem pour les Jeux olympiques de Tokyo, reportés d’une année, soulevant l’argument de la santé des athlètes et des contraintes logistiques du fait du confinement mondialisé. Décision soutenue par des partenaires engagés à long terme. Mais le véritable enjeu, économique, concerne plus directement le remboursement de la billetterie par les assurances. A cette fin, pour éviter probablement de rembourser l’intégralité des billets déjà vendus, Roland-Garros est reporté de trois mois. Or Roland-Garros en octobre sera-t-il le même tournoi ? Espérons que le public – et les joueurs eux-mêmes – soient au rendez-vous !

Mais alors comment fonctionnent les assurances professionnelles ?

Les assurances s’appliquent généralement aux frais engagés ou à la marge bénéficiaire. Mais encore faut-il être assuré, ce qui n’est pas le cas de nombreux événements ! A cela s’ajoutent des options spécifiques propres à chaque événement et de nombreuses exclusions. Par exemple, Roland-Garros n’a jamais été annulé en plus de 100 ans ! Forcément, l’assureur est confiant et s’engagera à couvrir seulement 1% ou 2% du budget total de la compétition. Si vous êtes un constructeur automobile et que vous organisez la tournée des salons Automobile dans le monde, vous n’aurez pas les mêmes besoins en assurance : vous opterez pour des garanties minimales, estimant peu probable que tous les salons du globe soient annulés… Ainsi dans notre industrie, très peu de manifestations sont assurées face au risque d’annulation, à l’exception des événements ponctuels car uniques.

Par ailleurs, dès lors que l’annulation est confirmée, démarre la négociation avec l’assureur, qui tentera bien souvent de minimiser le montant du sinistre et invitera au report au lieu de l’annulation.

Dans le contexte COVID19, nous constatons plus de 90% d’annulation. Les organisateurs doivent se rapprocher de leurs assureurs, qui ne sont pas encore à l’étape d’évaluation globale des sinistres pour le secteur. Les sommes sont considérables… A la hauteur de l’importance de notre secteur d’activité. Paradoxe du moment : nous devons préparer la reprise, l’organisation de nouveaux événements pour le deuxième semestre et ne parvenons pas à obtenir les devis des assureurs. Bien évidemment, on ne demande pas à être protégé du coronavirus, puisqu’il n’est pas possible de s’assurer contre une situation prévisible.

Côté annonceurs, les marques découvrent l’annulation en cas de force majeure. Cette notion est complexe et nécessite d’être accompagnée par des experts juridiques spécialisés dans l’événementiel.

L’événementiel, les relations publiques… ça représente quoi plus largement dans nos vies ?

Nos métiers sont chargés d’histoire puisqu’ils relèvent de la liberté d’expression et de la liberté de réunion, qui émergeront à partir de la Révolution française 🇫🇷 . L’article 20 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme fait explicitement mention de la liberté de réunion, tout comme le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis. Sous l’Ancien Régime, la seule réunion autorisée était la messe ! Organiser une réunion dans sa grange était passible de répression.

Aujourd’hui, avec le confinement, l’état d’urgence limite cette liberté de réunion pour limiter la propagation du virus COVID-19. Il s’agit d’une mesure sanitaire légitime dans une loi d’exception… Et d’une réponse à une situation exceptionnelle. Étonnamment, c’est un virus qui nous ôte l’une de nos libertés fondamentales. Quelques molécules déstabilisent un rapport de force bicentenaire de notre civilisation.

Mais je reste optimiste car notre société postmoderne est résiliente. Nous nous retrouverons tous prochainement pour continuer à courir ensemble, nous instruire et nous entraider. C’est la richesse de nos vies sociales ; à la fois hétérogènes et inter-reliées. Et les entreprises n’y échappent pas ! C’est ce que j’appelle le marketing des communautés 👨‍👨‍👧‍👧  : au lieu de cibler des individus en fonction de leur âge, leur CSP, leurs revenus, leur formation initiale ; nous devons saisir la puissance d’appartenance ! Ce que nous vivons actuellement est une démonstration par l’absurde de l’importance des communautés.

En chinois « crise » signifie « danger » et « opportunité ». Que changera cette crise inédite dans notre quotidien ?

Notre rapport au numérique évoluera : quelle séparation entre la vie professionnelle et la vie personnelle nous restera-t-il après des semaines en télétravail réussies ? Nos activités professionnelles seront davantage enrichies par le digital, et seront aussi plus complexes. Occasionnel hier, le télétravail deviendra certainement une norme demain et les outils collaboratifs auront – par la force des choses – été adoptés par tous. Il sera difficile de revenir sur les nouvelles habitudes. Alors, il nous faudra accompagner ces nouveaux usages par de nouvelles règles et aussi de nouvelles politesses relationnelles.

Vous avez une longueur d’avance avec vos équipes en Chine. L’activité redémarre-t-elle ?

Oui ! Déjà deux clients dans le secteur du luxe nous demandent de déployer des opérations importantes de marketing en Asie, car le business est reparti  📈 ! L’épidémie s’est déclarée mi-janvier en Chine, qui a appliqué un confinement drastique durant dix semaines. Aujourd’hui, ils vivent une reprise en V 😀 grâce à une dynamique volontaire et accompagnée.

L’Europe doit, elle aussi, se montrer proactive, pour négocier le virage de la sortie de crise et chaque acteur économique doit s’y préparer. Pas de frilosité possible lors du redémarrage ! Les entreprises ne doivent pas être groggy. Si les décideurs ont le moral en berne, le chemin de la reprise en sera d’autant plus long. En observant la Chine, on reçoit un message positif. Le volontarisme de l’Europe devra se matérialiser par la production massive de biens et de services, mais aussi par des investissements massifs notamment en communication 💪, soyez créatif !

Pour préparer cette reprise post-COVID-19, quels sont vos conseils aux communicants ?

Je propose 5 actions aux lecteurs de We Are COM 📣 :

#1 Organiser la vie numérique 💻

Puisque vous ne croiserez plus votre boss dans le couloir ou vos collègues dans l’ascenseur, il est primordial de planifier vos journées pour maintenir votre rythme de travail et de vie. Conservez vos réunions, vos points hebdomadaires, vos réunions d’équipe, les recrutements … il ne faut renoncer à aucun de vos rites habituels. Il convient seulement d’être plus rigoureux dans vos échanges et les échéances à tenir.

#2 Adopter de nouveaux outils numériques 🔧

Pour ma part, je n’étais pas un réel utilisateur de Teams. Depuis une semaine, je le suis beaucoup plus. Et en effet… c’est super intuitif ! Ainsi une multitude d’outils s’ouvrent à nous. C’est l’occasion de s’y mettre 😊

#3 Doser sérieux et humour 🎉

Parce que si tout devient sérieux, ça ne devient vite « pas drôle » ! J’adore toutes les initiatives qui se lancent : les apéros sur Teams, les cafés sur Skype. Et c’est vraiment super pour animer le lien malgré la distance.

#4 Maintenir les flux financiers dans tous les sens 💰.

L’argent est le sang de l’économie. Alors signons nos devis en attente, réglons nos factures. Il ne faut surtout pas que les flux s’arrêtent, au risque de bloquer notre économie. Les communicants ont un rôle essentiel pour expliquer l’interdépendance entre les acteurs économiques et mettre en perspective l’activité de leur propre entreprise dans cette chaîne de valeur.

#5 Préparer la reprise 🏋️‍

Vous devrez être hyper-proactifs en interne vis-à-vis des collaborateurs et en externe avec vos clients. On peut même gagner du temps sur la reprise en préparant ces communications de reprise en amont.

La période que nous traversons illustre l’importance des métiers de la communication, dans la gestion de la crise comme dans la reprise de l’activité. Aussi, des marques vont survivre grâce à l’actif immatériel que constitue leur notoriété. La marque est un incroyable fonds de commerce et les communicants sont le principe actif des réseaux relationnels qui entourent la marque. Alors communicant.e.s, haut les cœurs !!!


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