Gustav, pigeon héros des transmissions de la WWII

A l’heure de la communication moderne, nous sommes habitués à transmettre tous types d’informations de manière dématérialisée, des emails aux plateformes de transfert, en passant par les chatbots. Or la transmission a parfois revêtu des formes très incarnées. L’histoire de Gustav le pigeon, nous plonge dans une belle page de l’Histoire de nos métiers avec un grand H, et nous montre le rôle crucial qu’a pu jouer ce volatile de l’extrême lors du D-Day en tant que canal de communication. Vous pensiez que seule la chouette de Harry Potter était capable d’héroïsme ? On rembobine pour une épopée pour le moins columbidesque ! 🤓

La naissance de l’agent Gustav

L’histoire commence au Royaume-Uni lors de la Première Guerre Mondiale. La Royal Air Force et les services de renseignement sont convaincus de l’utilité des pigeons pour l’envoi de messages stratégiques. En effet, ces transporteurs d’informations ont une prédisposition de taille. Une faculté à retourner sur leur lieu de départ, sans risque d’interception. L’idée est couronnée de succès alors que le silence radio bat son plein. Les forces britanniques ouvrent ainsi une section spéciale de l’armée, le « National Pigeon Service » (NPS), sous l’impulsion du lieutenant-colonel A.H. Osman, en 1914.  

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pigeons sont formés à Thorney Island, par le sergent Halsey. Leur objectif : assurer des missions classées “Top Secret”. A l’époque, 200 000 oiseaux auraient été donnés par les agriculteurs et 16 500 d’entre eux furent recrutés et entraînés aux opérations militaires « classifiées ». L’histoire de notre Gustav commence ici. L’oiseau a environ 8 semaines lorsqu’il est donné par son entraineur civil, Frederick Jackson, au NPS. Coupé du reste du monde, il suit alors une formation de haut vol. L’agent spécial NPS 42.31066 est ensuite rebaptisé Gustav par le caporal canadien Gus Randell.

D-Day : l’opération « Top Secret » de Gustav

Alors que les forces alliées s’apprêtent à débarquer, la Royal Air Force livre une demi-douzaine de pigeons au correspondant Reuters, Montague Taylor. Le 6 juin 1944, le volatile embarque sur un Landing Ship Tank, navire spécialisé pour les opérations amphibies, où il attend d’être lancé en vol par le correspondant de guerre. Vient alors le moment tant attendu pour Gustav ! Il est chargé d’annoncer l’imminence du Débarquement aux forces britanniques. Durant son voyage de 240 km, rien ne va plus : entre les vents contraires, les tirs ennemis, les conditions météorologiques hostiles, son parcours s’avère périlleux. Au bout de cinq heures et seize minutes, il parvient enfin à la base militaire de la RAF, à Thorney Island, pour y délivrer le message suivant :

Nous sommes à environ 25 kilomètres au large des côtes. La première vague d’assaut a débarqué à 07h50. Les communications venant des plages indiquent que les tirs ennemis ne gênent pas les opérations… Toutes les unités soutiennent avec fermeté la pression adverse. Des Lightnings, Typhoons et Forteresses volantes nous survolent depuis 05h45. Aucun avion ennemi décelé.      

La postérité de Gustav, héros à plumes

Gustav a ainsi achevé sa mission, marquant l’histoire des transmissions et celle du Débarquement en Normandie. L’agent à plumes est depuis, devenu un héros national. Il s’est vu remettre la médaille Dickin le 27 novembre 1944 par l’épouse du premier Lord de l’Amirauté britannique, avec l’inscription : « Pour avoir transmis le premier message en provenance des plages de Normandie à partir d’un navire au large de la tête de pont alors qu’il servait dans la Royal Air Force le 6 Juin 1944 ».

Mais après les honneurs de l’État, comme de nombreux agents du renseignement, le malheureux Gustav trépassa. L’histoire raconte qu’on lui aurait accidentellement marché dessus, en nettoyant sa cage. Depuis, la mission de Gustav raisonne dans les mémoires, marquant l’histoire des messagers de guerre et le rôle des animaux dans les conflits armés.

Gustav recevant sa médaille Dickin © PDSA

L’évolution des transmissions

La communication a profondément changé depuis le vol de Gustav lors du D-Day. Cependant les messages codés ont depuis toujours fait partie du processus évolutif de la communication de guerre. Des exemples de cryptographie étaient déjà présents à l’époque de l’Empire Romain, à l’exemple du « chiffre de César ».

Aujourd’hui, les technologies de la transmission s’approprient de nouvelles formes de communication, tant à des fins civiles, industrielles que militaires. L’écriture des données est passée du plaintext (texte en clair) au ciphertext (cryptogramme), jusqu’au cryptage, qui permet la conversion du texte brut en texte chiffré. De nombreuses autres langues, telles que la Key, Key pair ou le Code, sont en perpétuelle évolution. Les moyens de transmission se multiplient et l’Homme redouble de créativité pour répondre à son besoin de communiquer. A sa manière, Gustav aura été le support d’un message crypté pour la paix et la liberté, au service de l’humanité. #RIP.

Marco Pizzorno

Journaliste, écrivain et enseignant

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