Quels sont les mots de la communication en 2023 ?

La communication c’est l’art de l’adaptation. Le communicant le sait, c’est en s’adaptant sans cesse à la société, que ses messages parviennent à prendre sens, à s’incarner dans l’esprit des destinataires. 🤓 En effet, comme le dit si bien l’experte en sémiologie, Élodie Laye Mielczareck, « les mots reflètent les maux de notre société ». 

Aussi, quels sont les mots qui ont marqué 2022 et quels seront les expressions incontournables de 2023 ? 🚀 Le Club We Are COM est allé prendre une véritable leçon de sémiologie auprès de cette spécialiste du langage, auteure de Antibullshit, Post-vérité, nudge, storytelling : quand les mots n’ont plus de sens (Et comment y remédier). 

Bonjour Élodie, tout d’abord pourquoi l’étude des mots est-elle indispensable à la communication ? 

Les mots sont des outils de travail pour les communicants, ils pétrissent un bassin sémantique collectif. Plus que toute autre chose, ils incarnent la société : ses peurs, ses besoins, ses envies, ses projections, ses monstres et plus largement l’ensemble de ses errements collectifs. 

Comment sont constitués ces bassins sémantiques ? De quelles manières ces dernières années les ont-elles impactés ? Quelles en seront les conséquences en 2023 ? Voilà autant de questionnements essentiels pour vous, les professionnels du langage. 

Tout d’abord, rappelons qu’il existe plusieurs typologies de mots, en fonction de leur utilisation. Voici 5 typologies, qu’il me semble important de détailler avant d’entrer dans le vif du sujet. 

  • Le mot « star » : il a connu un pic d’utilisation conséquent en 2022, sans forcément avoir connu un fort usage auparavant. Exemple : « sobriété ».
  • Le mot « battement » : il a été utilisé de manière récurrente ces dernières années et jouira encore de pics d’utilisation sur certaines périodes. Exemple : « éco-anxiété ».
  • Le mot « fusée » : son usage va croissant, c’est un mot qui a le vent en poupe. Exemple : « transidentité ».
  • Le mot « zombie » : ou mot has been, est un ancien mot « star », ayant connu un fort succès les années précédentes mais ayant récemment été vidé de sa substance. Exemple : « collapsologie ».
  • Le mot « voldemort » : il ne doit absolument plus être prononcé. Ce mot, banni par la pression sociale, doit le plus souvent être remplacé par une nouvelle terminologie. Exemple : « pauvre » devient « personne en situation de sobriété subie ». 

Quels sont les mots qui ont occupé nos bouches et nos esprits en 2022 ?

Certaines thématiques ont marqué l’année 2022. Mais avant de les explorer, faisons un bref point sur le vocabulaire du Covid. Même si « covidé » a eu le droit à une définition dans l’édition 2023 du Robert, les mots ayant trait au registre de la pandémie ont quitté le devant de la scène ces derniers temps. L’ambiance relativement moyenâgeuse des termes tels que « couvre-feu » ou encore « quarantaine » disparaissent progressivement de notre bassin lexical.

#1 – Les mots du digital

En termes de digital, de nombreux mots stars ont défrayé l’année 2022, notamment les termes « NFT » et « métaverse ». Le cas de « métaverse » est très intéressant puisqu’il est linguistiquement ambivalent, tant sur sa prononciation que sur son orthographe. Avec ou sans accent ? Singulier ou pluriel ? Faut-il le prononcer à l’anglaise ou à la française, « multivers » ?

En réalité, l’usage de ce terme n’est pas véritablement figé, à l’image de son concept qui n’est pas encore bien appréhendé par tous. Autrement dit, une notion qui se représente difficilement dans les esprits, ne peut jouir d’une représentation figée dans le langage. 

Dans l’univers du digital, nous observons également la présence de termes zombies, en perte de vitesse, tels que « avatar » ou « réalité virtuelle ». Du côté des mots fusées, notons que « transhumanisme » suit une progression assez stable, tandis que « progrès » se voit moins utilisé au fil des années. 

Enfin, en ce qui concerne les réseaux sociaux, sans surprise, c’est la plateforme Twitter et son récent rachat par Elon Musk, qui a fait couler le plus d’encre. Le terme « instagrammeur », quant à lui, n’intégrera le dictionnaire qu’en 2023. 

#2 – Les mots de l’économie 

En économie, les préoccupations semblent être à la fois individuelles et collectives. Aussi, le mot star de l’univers de l’économie est sans conteste « sobriété ». Ce terme, présent sur de multiples unes de presse en 2022, reflète parfaitement la prise de parole présidentielle et son sujet de prédilection, celui de la fin de l’abondance. Conséquence de cela, « pauvre » devient un mot voldemort. À l’instar du terme « austérité », omniprésent lors de la dernière campagne présidentielle, qui cède désormais, lui aussi sa place, à la star « sobriété ».

Toutefois attention, certains préfèrent d’ores et déjà remplacer ce dernier par le terme plus attractif de « frugalité », autre composante star de l’année passée. En effet, la sobriété peut revêtir un aspect jugé plus négatif, puisqu’historiquement et étymologiquement parlant, il connote le manque. 

Ces nouvelles acceptions tendent à rendre désuets d’anciens termes stars, tels que « déconsommation » ou « décroissance ». Néanmoins, dans le but de contourner le problème, certains intellectuels proposent des néologismes à l’image de l’« a-croissance » du philosophe, Gaspard Koening. Il existe une multitude de jeux et de constructions autour du lexique de la croissance, toujours pour étayer cette question de la fin de l’abondance. 

Enfin, si « inflation » constitue un mot star, son corollaire « pouvoir d’achat » est davantage un mot battement, un marronnier de ces dernières années. Je dirais que c’est par une psychologisation du pouvoir d’achat « ressenti », que ce terme tend désormais à devenir indécent. Personne ne souhaite plus imaginer son porte-monnaie vide, alors qu’il y a encore quelques années cela reflétait moins nos réalités. 

#3 – Les mots de la transition et de la transformation 

De manière générale, le vocabulaire de la pandémie laisse place à celui de l’apocalypse. Le terme « apocalypse », star de l’année 2019, est revenu sur le devant de la scène suite aux catastrophes naturelles (feux et incendies), ainsi qu’à l’instabilité internationale. Des mots battements, présents sur la toile de manière stable et récurrente réapparaissent en masse : « conflit », « guerre », « armement », « révolte », « révolution » et « droits de l’Homme ». 

L’écologie reste au cœur des préoccupations, toutefois on lui préfère plutôt le terme « écoterrorisme ». Ce néologisme a fait son apparition sur les unes de nombreux magazines en 2022. De la même manière, les mots fusées « éco-anxiété » et « solastalgie » poursuivent leurs lancées. Pour info, la solastalgie est une nostalgie non pas tournée vers le passé, mais vers le futur. Ces nouveaux usages font oublier certaines stars des années précédentes : « effondrement » (2017), « survivalisme » (2018) ou encore « collapsologie » (2020). 

Enfin, l’utilisation des mots « changement » et « impact », ayant connu un pic en 2019 et 2020, ne recule pas. Leurs frères d’esprit « transition » et « transformation » suivent aussi leur lancée, même s’il reste préférable de parler de « transition » que de « transformation ». Enfin, le terme « climat » a été remis au goût du jour, certainement grâce à l’actualité de la COP27. 

#4 – Les mots du social et du sociétal 

Depuis 2019 et la Loi Pacte, la locution « entreprise à mission » inonde littéralement le bassin lexical de 2022. Par conséquent, l’expression « verdissement d’image », traduction du greenwashing, fait son apparition dans l’édition 2023 du Robert. 

Les notions polémiques « woke », « wokisme », « intersectionnalité », « écriture inclusive » et de manière générale l’utilisation des suffixes en « -iel », appartiennent davantage au vocabulaire de 2021. Tandis que 2022 voit exploser l’utilisation de la locution « transition de genre » et apparaitre de nouvelles constructions autour du lexème « dé- », symbolisant le retour aux origines, avec « dé-transition » ou encore « dé-transitionneur ».  Les termes « transidentité » et « dégenrer », quant à eux, restent utilisés de manière récurrente. 

De son côté, « inclusion » connait une forte et régulière progression depuis plusieurs années et se positionne en mot star des problématiques sociétales.

#5 – Les mots des difficultés relationnelles

D’avance, pardonnez mon langage. 🙂 C’est le champ lexical de la « connerie » qui s’est invité dans nos quotidiens depuis 2018. Les titres éditoriaux redoublent de créativité en ce qui concerne la connerie, phénomène tout à fait inimaginable il y encore une décennie. Il faut savoir que la question du con fait vendre et en particulier dans une ambiance de retour au bureau après une succession de confinements. Craquage ou lynchage ? La question de gérer le con est véritablement au cœur des préoccupations. 

Tout cela traduit bien certaines tensions. Sommes-nous devenus plus intolérants ou plus hypersensibles ? Quoi qu’il en soit le terme « hypersensible » est un mot fusée, omniprésent depuis plusieurs années déjà. Dans la même trempe, nous retrouvons également nombre de recettes de « gestion du stress », conséquence d’une atmosphère interpersonnelle un peu morose, voire même agressive. 

En 2022, les notions de « radicalisme » et de « radicalité » ont subi des pics d’utilisation. Toutefois, ces derniers qualifiaient davantage les prises de parole politiques, que les phénomènes de radicalisation religieuse. 

Et finalement, pour conclure cette rubrique sur une touche d’optimisme, le mot « démocratie » fait son grand retour. Son occurrence a été de plus en plus fréquente au cours des derniers mois.

#6 – Les mots du « bon temps »

Enfin, prendre du bon temps a été un sujet phare en 2022, notamment avec le concept du « chlling ». Le Robert a d’ailleurs fait entrer le verbe « chiller » dans sa dernière édition, ce qui démontre l’importance de ces notions de bien-être, d’intériorité et de « cocooning ». Ikea fut la première enseigne à utiliser ce mot star dans son slogan « Chillez chez vous », en 2020. Depuis, ce concept ne cesse de faire parler de lui. Aujourd’hui, le « Netflix and Chill » est véritablement devenu un mode de vie. 

Mais alors, coté contraintes ? Toujours dans cette optique de bien-être, le travail semble être en proie à la cristallisation de nombreuses tensions. Aussi, la locution « démission silencieuse », ou quiet quitting est devenue phare en 2022 et le terme « flemme » semble actuellement refaire son apparition. En 2023, nous ferons face à de nombreuses questions autour de la notion travail, notamment sur les frontières entre vie professionnelle et personnelle. 

Bonus : une antonomase de 2022, pour la route

Avez-vous vu passer l’antonomase « macroner », dans laquelle le nom du Président de la République devient un verbe de la langue commune ? Cette expression, née dans les tranchées ukrainiennes, signifierait « se montrer très inquiet d’une situation, mais ne rien faire ». Alors, à quand le verbe « macroner » dans les dictionnaires officiels ? 🙂

Quels sont les concepts de 2023 ?

Avant de se lancer dans les prédictions de 2023, rappelons que les concepts connaissent moins de variabilité que les mots. Autrement dit, les signifiants peuvent évoluer dans leur matérialité, tandis que les signifiés demeurent. Quels sont les grands concepts de 2023 ? Comment les interpréter ? 

Les concepts sémiologiques de 2023

Concept #1 – L’habitabilité

Le philosophe Bruno Latour, à l’origine du concept d’habitabilité, pose cette question collective fondamentale, « Où atterrir ? » Ce penseur de la post-modernité porte une réflexion sur le monde dans lequel nous vivons, ces microcosmes dont nous parvenons ensemble à bouleverser les écosystèmes. Les problématiques existentielles de la construction collective resteront des sujets de fond. 

Concept #2 – La perma crisis

Revenons aux termes « éco-anxiété », « solastalgie » (la nostalgie du futur), ou encore « éco-terrorisme », qui en plus de nourrir les sujets d’habitabilité, nourrissent les thématiques apocalyptiques. La perma crisis est un néologisme employé pour la première fois par une journaliste britannique. Il met en évidence le fait que désormais, les crises ne sont plus ponctuelles, mais permanentes. En d’autres termes, nous vivons dans une crise gigantesque. 

Concept #3 – Le sacre de l’authenticité

En ce qui concerne les dynamiques interrelationnelles et le radicalisme des prises de position, revenons sur le concept de Gilles Lipovetsky. Ce penseur de la post-modernité cherche à savoir ce qui est authentique et ce qui ne l’est pas, question extrêmement actuelle. En effet, aujourd’hui, on n’est plus en quête de vérité de l’information, mais d’authenticité et d’incarnation. Aussi, les termes liés à l’« hypersensibilité », au « stress » ou encore à la « radicalité » des opinions, continueront d’alimenter les bassins lexicaux de 2023. 

Concept #4 – Le désir de l’être

Toujours dans cette réflexion de la post-modernité, le sociologue Michel Maffesoli oppose deux visions. Auparavant, les individus désiraient « réussir leur vie » en travaillant. Dorénavant, ils semblent davantage vouloir « faire de leur vie une œuvre d’art », en se faisant plaisir. Ce questionnement sur le bien-être chez soi et le rapport au travail, continuera lui aussi à animer les débats. 

Concept #5 – L’agency

Encore une fois, le concept d’Agency de Judith Butler, renvoie à une vision très post-moderne des choses. C’est le pouvoir faire et le pouvoir agir au monde, de chacun. Quel est notre pouvoir d’agir ? Et quel pouvoir d’agir sommes-nous en mesure de donner aux autres ? Ces questions deviennent fondamentales, encore plus pour les communicants.

Concept #6 – Le principe de responsabilité 

Pour finir, Hans Jonas avait beaucoup évoqué les questions de responsabilité et notre obligation à émettre des principes éthiques pour préserver le futur de la condition humaine. Selon moi, ces questions nous habiteront au cours des prochaines années. 

On récapitule ? 

Durant de nombreuses années, il était admis que ne rien dire, signifiait vouloir rester neutre. C’est là une vision très moderne des choses. Désormais, il faut vouloir être soi et prendre la parole avec radicalité. Il est devenu essentiel de s’incarner, de se raconter. Jusqu’où les entreprises, les marques et les communicants vont-ils pouvoir rester neutres dans cette société en transformation ? 

Outre les entreprises à mission, qui ont fleuri un peu partout en 2022, il me semble essentiel qu’une marque ait à minima une inscription de sa raison d’être dans ses statuts juridiques. Plus que jamais, une entreprise doit respecter les contraintes de gouvernance et affirmer son identité au titre de personnalité morale. Plus personne ne pourra se soustraire à la post-modernité.

Rejoignez le Club We Are COM ?

Le Club We Are COM permet aux professionnels de la communication de progresser ensemble lors de moments de partage de bonnes pratiques uniquement entre pairs, tous secteurs confondus. Objectif : une montée en compétences collective notamment grâce à un atelier chaque mois sur des cas concrets, des réponses aux grands défis de la COM, des rencontres avec des experts de renom, etc. Toujours des échanges en toute transparence et indépendance basés sur des retours d’expérience : 0% autopromotion, 100% conviction.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *