Objectif zéro carbone, pourquoi ? La réponse est évidente. ✅ Comment ? C’est là que les choses se compliquent… 😬 En effet, comment embarquer l’interne autour de cet enjeux majeur de décarbonation ? Comment inciter personnellement chaque collaborateur à adopter les bons éco-gestes ? La Club We Are COM est allé prendre une leçon d’engagement auprès de 4 experts de la transformation responsable en entreprise : Valérie Sauteret (Europcar), Emmanuel Petit (Matmut), Elodie Citroen (OGIC) et Sophie Jayet (Unilever). 🚀 Objectif zéro carbone, horizon 2050, c’est parti !
Paroles d’experts




Sophie Jayet,
Directrice Communications & Corporate Affairs, CSR, Partnerships, Issue Management d’Unilever

Comment est structurée la RSE dans votre entreprise ? Quelles sont les stratégies de décarbonation mises en place ? Avec quels objectifs et depuis quand ?
Élodie Citroen : Chez Ogic Immobilier, les départements RSE et communication corporate sont rattachés à une direction commune, elle-même directement rattachée à la direction générale. Finalement, nous pourrions dire que nous constituons une direction des engagements. 😊
La mise en place du pôle RSE, relativement récente, était essentielle puisque notre secteur, celui de la promotion immobilière, représente 25% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Aussi, nous avons une véritable responsabilité en matière d’enjeu carbone, ce qui nous pousse à embarquer l’ensemble des collaborateurs.
En 2019, nous avons réalisé un bilan carbone, qui a fait ressortir que 98% de notre impact carbone venait de notre activité de construction immobilière, quand seulement 2% émanait de notre fonctionnement, nos activités de bureau. De ce constat sont nées deux problématiques. D’une part, comment transformer les métiers de la construction pour améliorer leur empreinte carbone ? D’autre part, comment embarquer tous les collaborateurs ?
Il n’est pas nécessaire de définir ce qu’est l’enjeu carbone en interne, nous le vivons au quotidien. Notre action doit être davantage pédagogique : il nous faut expliquer à tous comment appliquer cet enjeu carbone aux différents métiers et comment se l’appliquer à soi-même dans son quotidien professionnel.
Valérie Sauteret : Chez Europcar Mobility, nous avons une Direction de l’Engagement Corporate qui regroupe la Communication et la RSE, avec une équipe centrale et un réseau de correspondants dans tous les pays où nous avons des filiales en propre.
Pour vous situer un peu mieux l’entreprise que nous sommes : nous sommes le N°1 de la location de véhicules en Europe, avec plusieurs marques de location mais aussi d’autopartage (Europcar, Goldcar, Ubeeqo). Nous sommes présents dans 16 pays avec des filiales et un peu plus de 8000 collaborateurs, et dans 140 pays avec des franchisés.
La RSE est un sujet à la fois ancien et récent chez nous : ancien, parce que notre Groupe s’est engagé volontairement dans le cadre du Pacte Mondial des Nations Unies dès 2005. Mais récent car nous avons véritablement accéléré à compter de l’introduction en Bourse du Groupe, en 2016, avec le lancement de notre programme RSE « Commit Together ». Le premier bilan carbone du Groupe a été réalisé à ce moment-là.
S’agissant des émissions carbone, nous considérons que nous faisons à la fois partie du problème et de la solution. En effet, le secteur et de la mobilité représente lui aussi 25% des émissions de C02 à l’échelle mondiale et 30% à l’échelle européenne.
Comme OGIC, 98 % de notre bilan carbone est relié au Scope 3, à nos émissions indirectes. Et plus précisément, dans ce Scope 3, à l’utilisation des véhicules par nos clients (pour 93%). Donc la stratégie de décarbonation est évidente : si nous voulons réduire nos émissions carbone, nous devons absolument faire évoluer le profil des véhicules mis à la disposition de nos clients. Avec des véhicules de moins en moins émissifs : des véhicules électriques, mais aussi des véhicules plus légers, que ce soit des voitures ou des utilitaires. Et demain, peut-être même des vélos.
Notre stratégie de décarbonation est donc avant tout une stratégie de réduction, même si nous réfléchissons également au volet que je n’appellerais pas compensation, mais plutôt neutralisation des émissions résiduelles.
Nos actions en matière de réduction ont véritablement démarré fin 2019, date à laquelle nous avons rejoint l’initiative SBT (Science Based Targets) afin de calculer nos objectifs de réduction à l’horizon 2030 sur l’ensemble des Scopes. Et au même moment, nous avons lancé notre programme « One Sustainable fleet », dont l’objectif est de faire grandir la part de véhicules électriques au sein de notre flotte et d’équiper nos stations en borne de recharge.
Autour de toutes ces intiatives, il y a évidemment de l’accompagnement : sensibilisation des dirigeants et top managers, communication interne, formation dans les stations…
Aujourd’hui, l’ambition du Groupe est de devenir dans les années à venir un leader des services de mobilité durable : donc la décarbonation est absolument centrale dans notre transformation !
Sophie Jayet : La particularité chez Unilever réside dans le fait que la RSE au niveau monde dépend d’un Chief Sustainability Officer, mais que chaque pays détient son propre pôle, rattaché à celui de la communication.
Notre stratégie RSE est elle aussi particulière, puisqu’elle est historique. Aux origines mêmes de notre Groupe, il y a un siècle, l’engagement était un pilier de la stratégie de Lord Lever, l’un des fondateurs. Les premières usines avaient déjà à l’époque, en parallèle de leur activité commerciale, l’objectif de contribuer au bien-être des populations en éradiquant certaines maladies.
Encore aujourd’hui, nous faisons en sorte que cet engagement initial soit respecté par l’ensemble de nos marques. Chacune d’elle contribue à sa façon au bien-être de la société et de l’environnement. Ce sont des purpose-led-brands, où des marques guidées par des engagements.
De plus, il y a une dizaine d’années, grâce à notre très précurseur CEO de l’époque, est né le plan « Unilever Sustainable Living Plan ». Ce plan, pour un mode de vie plus durable, mesure d’année en année l’intégralité des engagements du Groupe, de manière extrêmement précise : empreinte carbone, eau, plastique, bien-être, etc. Chez nous, la mesure du progrès est capitale, si bien que ce plan fait aujourd’hui partie intégrante de notre stratégie business.
Pour résumer, notre objectif est double : faire évoluer l’empreinte carbone de nos marques, tout en accompagnant les consommateurs à améliorer leur propre empreinte.
Emmanuel Petit : La direction de la RSE du groupe Matmut a été créée il y a un an et demi, lorsque j’ai intégré le groupe d’assurances. Toutefois, étant une mutuelle, la RSE fait depuis toujours partie intégrante de notre ADN. Nous n’avons pas d’actionnaire à rémunérer. La rentabilité de notre modèle provient uniquement des primes d’assurance, que nous essayons de proposer au plus juste prix à nos clients, les sociétaires. Autrement dit, que ce soit vis-à-vis des collaborateurs, de la société ou de la gouvernance, nous sommes intrinsèquement liés à l’engagement.
Aujourd’hui, la direction de la RSE reporte à la Directrice générale adjointe, qui a également en charge la communication du Groupe.
En tant qu’assureur, nous sommes triplement impactés par les enjeux environnementaux. D’une part, nous assurons des automobiles et donc sommes acteur du secteur du transport et de la mobilité avec les émissions qui en émanent. D’autre part, nous devons faire face à toutes les catastrophes naturelles, ce que nous appelons « les climatiques. » Ces catastrophes pénalisent fortement notre modèle et mécaniquement influent négativement sur le coût des primes d’assurance. Pour pallier cela, nous effectuons principalement de la prévention. Enfin, le secteur de l’assurance étant le premier investisseur en Europe, notre responsabilité collective est d’investir dans des entreprises responsables. Nous faisons en sortes que l’argent confiés par nos sociétaires soit mis au profit des dispositifs les plus vertueux.
Notre décarbonation se joue donc sur trois niveaux : la décarbonation de notre activité, la décarbonation de nos produits et enfin la décarbonation de nos investissements.
#DIRECTION : Faut-il que l’enjeu de décarbonation soit placé sous le haut patronage de la direction générale ? Est-ce un sujet dont s’empare facilement le comité exécutif ? Au-delà de la prise de décision, faut-il que ce soit incarné ?
V. S. : Je commencerais par répondre à votre dernière question : faut-il que la décarbonation soit incarnée ? Je dirais que non. Cela ne doit en aucun cas devenir le sujet d’une seule personne. C’est l’affaire de toute l’équipe de Direction, dont le rôle est de traduire cet enjeu dans chaque métier. Décarboner, qu’est-ce que cela veut dire quand on est dans les Opérations, en charge des achats de véhicules ? Décarboner, qu’est-ce que cela veut dire pour la Finance, pour le Marketing ?
Chaque grande fonction de l’entreprise doit pouvoir s’emparer du sujet à son niveau. C’est ce que nous essayons de faire au sein de notre Groupe : faire en sorte que la RSE et en particulier le sujet de la décarbonation soit « embedded », embarqué.
Par contre, il est essentiel que tout le monde comprenne que c’est une priorité du CEO et qu’elle n’est pas négociable. Sinon, les objectifs de décarbonation risquent d’être constamment relégués au second plan. Il faut que les managers comprennent que les objectifs d’efficience opérationnelle, de performance financière vont désormais de pair avec des objectifs non financiers, comme les objectifs de décarbonation. Et ce n’est pas toujours évident d’ancrer cela dans les esprits et les pratiques.
C’est là où le rôle d’une équipe RSE est clé : il faut animer sans relâche, aller à la rencontre de chaque métier, montrer que concilier différents objectifs à première vue contradictoires est possible… Il faut de la conviction personnelle, de la détermination et aussi une capacité à convaincre les autres. Il faut du « soft power » ! Et il faut aussi quelques outils contraignants : par exemple des engagements pris en externe qu’on doit tenir avec une échéance précise, ou encore des objectifs RSE / décarbonation dans les objectifs individuels.
Chez nous, nous avons créé cette contrainte notamment via une émission obligataire pour financer notre flotte qui a été indexée sur des critères de verdissement de notre flotte. L’équipe RSE a travaillé sur ce projet avec l’équipe Finance. Dans le cadre de l’émission de cet instrument financier, nous avons précisément pris l’engagement d’atteindre 20% de véhicules électriques et hybrides rechargeables à fin 2024 : cela a contribué à nous faire accélérer sur l’électrique, c’est indéniable !
S.J. : Bien évidemment, l’enjeu de décarbonation est sous la guidance de notre CEO, fondamentalement investi sur le sujet. Cet investissement doit par la suite « cascader » sur l’ensemble des fonctions du Groupe, afin que chacun puisse se sentir partie prenante de cette problématique, qui nous touche tous.
Nous privilégions un engagement concret. Chacun des collaborateurs peut mesurer sa propre performance en matière d’engagement, grâce à la mise en place de KPIs, sur la réduction du plastique par exemple.
Le terme tendance du « ruissellement » prend tout son sens ici, puisque l’impulsion initiée par la direction générale s’étend finalement à toutes les strates de l’entreprise. J’ajouterais qu’inversement, il existe une forte demande de la part des jeunes générations, qui parviennent à faire remonter leurs revendications jusqu’aux dirigeants. Nous sommes extrêmement fiers de compter parmi nos talents des activistes citoyens, qui font évoluer les choses et donc évoluer les marques.
#COLLABORATEURS : Pourquoi est-ce primordial de sensibiliser et d’impliquer les collaborateurs ? Est-ce pour vous un pilier de la culture d’entreprise ?
E. C. : Oui, l’engagement des collaborateurs est primordial. Initialement, en entamant nos démarches RSE, nous nous étions davantage penchés sur la partie « métier », celle dont l’empreinte carbone atteint 98% de notre activité. Ce sont alors les collaborateurs qui ont souhaité s’investir dans ce projet en réclamant une même exemplarité responsable sur les 2% qu’ils avaient en main directement. Il était très important pour eux de se sentir impliqués à leur échelle : remplacer les bouteilles plastiques par des fontaines à eau, distribuer des gourdes et des couverts, etc.
En d’autres termes, le travail effectué sur les aménagements de l’activité de bureau, correspond au travail qu’on essaye de mettre en place dans l’ensemble de nos programmes immobiliers.
Au-delà de la décarbonation, il est important d’engager sur les sujets sociaux et sociétaux. Les démarches responsables, dans leur globalité, font partie prenante de la culture d’entreprise.
E. P. : Cette question de la culture d’entreprise est fondamentale, d’autant plus en tant qu’entreprise mutualiste comme la Matmut. Le collaborateur est aussi un citoyen. Sensibiliser l’interne, c’est sensibiliser la population. C’est pourquoi, nous organisons de nombreux événements pour mobiliser nos collaborateurs citoyens sur le terrain. C’est en participant à de petites actions, que notre manière de voir les choses peut évoluer collectivement et se répercuter dans nos vies, aussi bien personnelles que professionnelles.
À l’occasion du “World Clean Up Day”, par exemple, nous avons eu à cœur d’organiser des marches de ramassage des déchets. Cette action est à la fois symbolique et utile, puisqu’en 3 heures, grâce à l’implication de tous, nous avons pu ramasser 9 tonnes de déchets. C’est en montrant qu’un petit geste simple peut changer les choses, que la Matmut encourage ses collaborateurs à dupliquer ces gestes dans leur quotidien. Si on veut parvenir à changer le monde, il faut faire en sorte que chacun se sente impliqué.
#MESSAGES : Comment opérer ce changement d’état d’esprit ? Comment construire un discours cohérent et accessible pour arriver à vulgariser un sujet complexe ?
E. C. : Je pense qu’il faut éradiquer les tabous et aborder tous les sujets. Nous devons répondre de manière transparente aux questions liées aux enjeux environnementaux. La RSE étant un domaine technique et complexe, il est important de le restituer dans la vie quotidienne de chacun et d’en simplifier les explications. Cette vulgarisation passe par des actions collectives, que nous menons avec les salariés, toujours hyper nombreux et mobilisés.
Je souhaiterais également rappeler que la RSE ne se cantonne pas à l’environnement. Outre nos actions pour la planète, nous montons des opérations sociales et contribuons entre autres à la collecte pour les banques alimentaires. L’essentiel reste la transparence, il faut parler de tout, mais aussi et surtout des sujets qui fâchent.
E. P. : La complexité de la RSE s’intensifie avec l’arrivée de ce que j’appelle un « mur réglementaire ». Il était déjà peu évident pour les personnes extérieures au secteur de décrypter les sujets RSE, désormais, c’est très difficile.
Pour vulgariser le discours de la RSE, il faut passer outre les contraintes de réglementation, même si ces dernières sont nécessaires. Pour être compris, il me semble essentiel de toujours partir des objectifs : que voulons-nous faire et à quoi cela va-t-il contribuer ? Il faut montrer le chemin, en acceptant les injonctions paradoxales du moment, en les acceptant et en défendant la démarche de progrès.
Enfin, je dirais que l’état d’esprit passe par l’action individuelle. C’est petit caillou par petit caillou, petite prise de conscience par petite prise de conscience, sur un temps très long, que se trace un chemin vertueux.
#SENSIBILISATION : Comment traduire concrètement les grandes orientations ? Au-delà de la formation, la pédagogie passe-t-elle inévitablement par l’action ?
V. S. : Nous nous sommes d’abord attachés à essayer de représenter visuellement notre bilan carbone et le plan de réduction qui lui est associé. C’est tout bête, mais les gens ont du mal à se représenter ce que sont les Scope 1, 2 et 3 et quels sont les leviers de réduction, alors un bon dessin, un bon schéma peuvent être utiles !
Ensuite, nous avons beaucoup utilisé la Fresque du Climat pour comprendre dans quel contexte prenaient place nos efforts. 150 managers du Groupe ont suivi un atelier Fresque du Climat et nous allons continuer. Nous souhaitons maintenant former l’ensemble des collaborateurs du siège Groupe, soit près de 500 personnes..
E. C. : Pour traduire nos grandes orientations, nous travaillons principalement sur la sensibilisation, la formation et l’action.
En ce qui concerne la sensibilisation, nous avons offert à chaque collaborateur la possibilité de réaliser son propre bilan carbone, via l’outil MyCo2 de Carbone4. Cela leur a permis de comprendre ce qu’était le carbone appliqué à la vie de tous les jours, loin des jargons RSE.
Nous avons également pris le parti de proposer des formations diverses, adaptées à chacune des branches de métiers du groupe Ogic, en fonction de leurs enjeux spécifiques. Notre fresque du climat se décline désormais en de nombreuses autres fresques, plus embarquantes et moins anxiogènes : la fresque de la construction, du numérique, du client, etc. Toujours dans cette optique de pédagogie, nous avons créé des formations ad hoc, notamment concernant la décarbonation et la biodiversité.
Enfin, en interne, ont été élaborés des challenges RSE. Afin d’inciter les collaborateurs à passer à l’action – sans jamais leur imposer – chaque service a lancé son propre challenge collectif. Ces actions concrètes, montées et réalisées en 6 mois, ont permis aux collaborateurs de prendre conscience de leur pouvoir d’action.
#FIERTÉ : Quelle est l’action que vous avez mis en place et dont vous êtes les plus fiers ?
V. S. : Nous sommes fiers de nos excellents ratings ESG, en particulier le fait que nous ayons rejoint en 2022 la « A List Climate » de CDP (Carbon Disclosure Project). Et nous sommes fiers également d’avoir été le premier loueur automobile à avoir ses objectifs de réduction approuvés par SBTi (Initiative Science Based Targets). C’est la résultante de nos actions et de nos efforts, cela matérialise bien le chemin parcouru depuis 2017.
S. J. : Sans hésiter, ce sont les temps forts que nous avons vécu en équipe, qui nous rendent le plus fiers. Je pense à la COP21 de Paris qui a coïncidé avec le déploiement de notre nouveau siège social à énergie positive. Cet événement marque une prise de conscience collective de l’importance de s’engager personnellement, chacun, dans les enjeux environnementaux.
En juin 2023, un second temps fort s’offrira à nous, le sommet INC2 (Integrated Network Command and Control) du traité plastique. Encore une fois, nous allons mobiliser l’interne, continuer à prendre conscience collectivement que nous sommes face à un défi mondial, dans lequel chacun peut prendre sa part.
E. C. : Nous sommes extrêmement fiers d’avoir réussi à intégrer une formation RSE dans le parcours d’intégration des nouveaux collaborateurs. Chacun d’entre eux se forme durant 2 heures aux enjeux du développement durable et leur traduction dans la démarche RSE du groupe.
E. P. : Concernant nos fiertés, il y en a beaucoup, que ce soit la solidarité dont nos équipes font preuve par rapport au conflit en Ukraine, les marches de ramassage des déchets, les challenges montés en interne de manière spontanée, etc.
Si je ne devais en citer qu’une, ce serait la forte implication de nos collaborateurs à participer au développement d’une application sociale collaborative « StreetCo ». Celle-ci vise à rendre l’espace urbain plus vivable et praticable pour les personnes à mobilité réduite. Comment ça marche ? N’importe qui peut télécharger cette application et y contribuer en signalant sur ses trajets piéton les obstacles rencontrés entre un point A et un point B : des travaux, des poubelles, des trottoirs trop étroits, etc.
#KPIs : Comment mesurer la démarche de progrès ? Quels indicateurs mettre en place ? Comment communiquer dessus ? Faut-il mener des sondages en interne ?
E. C. : Systématiquement, à la suite de nos actions ou de nos formations, nous sondons nos collaborateurs. Leurs retours d’expérience sont capitaux pour comprendre la manière dont ils appréhendent la démarche, ce qu’ils ont compris et apprécié dans un projet, ou non.
S. J. : De la même manière, nous menons des études systématiques. Au niveau mondial, des enquêtes d’opinion annuelles sont réalisées en interne, avec tout un chapitre dédié à la RSE.
De plus, nous invitons chaque nouveau collaborateur à réaliser une formation personnelle et anonyme, pour découvrir quel est son purpose, ce qui le pousse à se lever chaque matin. Je suis convaincue que ce type d’initiative accroit l’esprit de communauté et l’engagement en interne. Dans un monde ou la seule certitude que nous avons concernant l’avenir, c’est qu’on va y aller tous ensemble, la connaissance de soi est essentielle.
E. P : À la Matmut, les indicateurs constituent un sujet très complexe… Nous sommes un mécène relativement important, soutenant nombre d’associations et de fondations. Mais comment mesurer l’action de la recherche médicale, ou encore celle du financement d’études et de travaux ? Nous ne sommes malheureusement pas encore suffisamment outillés sur les indicateurs, même si c’est actuellement en train de bouger.
#CHANGEMENT : La mise en œuvre de la RSE n’est-elle pas dans le fond une véritable conduite du changement ?
E. C. : Notre conviction est qu’il n’est jamais productif de contraindre, il faut inciter. Partant du constat que 40% de l’impact carbone de nos programmes immobiliers vient de l’usage qui en est fait, donc des acquéreurs, nous avons mené des études sur leurs comportements. En effet, c’est en comprenant leurs habitudes, que nous pouvons les inviter à changer, grâce entre autres à la stratégie du nudge, ou « coup de pouce ». Le nugde, qu’est-ce que c’est ? C’est inciter les gens à adopter un comportement vertueux. Dans les pays du nord par exemple, afin d’inciter les hommes à viser dans les urinoirs publics, une mouche a été placée au centre. Résultats, les toilettes publiques sont restées propres.
Chez Ogic, nous nudgons nos programmes. Nous incitons au tri des déchets en plaçant des yeux dans les locaux à poubelles, nous équipons certains de nos appartements de pommeaux de douche qui changent de couleur après une trop longue utilisation ou encore de prises électriques qui éteignent automatiquement tous les appareils en veille. Nous avons même mis en place des challenges, en récompensant par exemple l’habitant consommant le moins d’énergie de la résidence.
#RELAIS : Comment s’appuyer sur un réseau d’ambassadeurs, de porte-parole de correspondants, de parties prenantes de l’entreprise ?
E. P. : Dans le secteur de l’assurance, c’est le bouche-à-oreille qui pousse les sociétaires à souscrire : nous sommes l’assurance de vos parents, celle qui a aidé un de vos proches dans la bonne prise en charge d’un sinistre, etc.
Nous sommes convaincus que la RSE passe également par ce bouche-à-oreille. Aussi, nous estimons que nos premiers porte-paroles doivent être les collaborateurs. Nous avons préféré nous appuyer sur des représentants issus de diverses branches de métiers, plutôt que d’avoir une direction RSE complétement pléthorique. Nous animons aujourd’hui une communauté d’une trentaine d’ambassadeurs internes, qui dans chacune de leur direction et sur le terrain, mènent des actions responsables.
#COLLECTIF : Quelle est la place du collectif ? Comment l’animer ? Faut-il mettre en place des challenge pour mobiliser ?
S. J. : Le rythme du changement climatique est tel, qu’il nous faut sens cesse accélérer. Dans un groupe international comme Unilever, les événements s’enchainent, il se passe toujours quelque chose à l’échelle mondiale. L’engagement est de tous les instants. Je dirais donc que c’est à chacun de trouver sa place et le rôle qu’il a à y jouer. Il n’y a pas de politique, ni de stratégie, chacun doit incarner le changement à sa manière.
Pour faire évoluer les choses, il faut travailler ensemble, avec toutes les parties prenantes, les ONG, le public… Nous n’avons plus de temps, il faut y aller, et y aller vite !
#CONSEIL : Quels conseils donneriez-vous aux communicants qui doivent engager les collaborateurs autour de la décarbonation ?
V. S. : Formez-vous, car les sujets RSE sont complexes. Puis mettez-y de la conviction. Nous avons à relever le plus grand défi de l’histoire de l’humanité : mettez votre « soft power » au service de cela !
E. C. : Ne subissez pas la réglementation, anticipez-là ! Et ne faites pas de la RSE ou de l’objectif zéro carbone un objet de communication, mettez plutôt tout votre savoir-faire de communicant au service de ces enjeux.
E. P. : Faites avant de faire savoir, le greenwashing est une véritable menace. Ayez confiance dans la mobilisation des collaborateurs, ce sont avant tout des citoyens. Enfin, essayez de donner du sens à toutes vos actions, au-delà de l’application de la réglementation.
S. J. : Parlez simple, avec authenticité et sincérité. Ne tombez pas dans un discours techno qui risquerait de dérouter vos interlocuteurs. Et surtout, restez vous-même.





