Sound design immersif : l’invisible selon Dweezil Zappa

DEsign sonore : un son émane de la plage, silhouette d'un homme

Après la chorégraphie de la perception de Carolin Vedder, nous poursuivons notre exploration du récit qui se vit plus qu’il ne se raconte. Place à la seconde intervention tirée de l’ouvrage de Mohammed Ben Totoch, Storytelling, l’art de captiver par le design (Dunod), avec un invité qui ne manque pas de résonance : Dweezil Zappa, guitariste virtuose et propriétaire du Hikari Studios à Los Angeles.

Dweezil Zappa dans son studio, spécialiste du sound design immersif et du Dolby Atmos

Fils de Frank Zappa, héritier d’un patrimoine musical hors norme, il explore aujourd’hui les terres du sound design immersif et du Dolby Atmos. Sa conviction ? Le son n’est pas un décor, c’est un espace narratif à part entière, où chaque fréquence devient un personnage.

Pour nous, communicants, son propos résonne fort. À l’heure où l’identité sonore et l’expérience immersive montent en puissance, écouter un artisan du son raconter comment il sculpte l’invisible, c’est s’offrir une longueur d’avance. On lui laisse le micro 🎧

Sound design : sculpter l’invisible

Propriétaire du Hikari Studios basé à Los Angeles et guitariste virtuose, il explore les possibilités offertes par le Dolby Atmos. Reconnu mondialement pour ses interprétations captivantes du complexe répertoire rock de Frank Zappa et sa maîtrise exceptionnelle de la guitare, il continue de faire vivre l’héritage musical de son père tout en enrichissant son parcours technologique et artistique.

Établir un équilibre élégant entre innovation sonore et fidélité à l’âme d’un projet semble être le cœur du travail de Dweezil Zappa. Et c’est précisément ce qu’attendait de lui le groupe Deep Purple lorsqu’il lui a demandé de remixer son album Machine Head : révéler en stéréo enrichie des dimensions sonores que même les fans les plus assidus n’avaient jamais perçues, tout en respectant la mémoire affective liée à l’œuvre. À ce double défi s’ajoutait un troisième, celui d’explorer le terrain inédit d’une version immersive en Dolby Atmos.

Le travail en Atmos « ouvre un nouvel espace narratif, presque physique, où les sons peuvent se déplacer autour de l’auditeur, le survoler, le traverser. » Cette méthode immersive exige de concevoir et sculpter le son comme un espace visual. Dweezil insiste toutefois sur une exigence essentielle, celle d’éviter l’effet gadget en ce sens que le mouvement des sons doit servir la musique, non pas la détourner ou nous en distraire.

Plutôt que de parler de figures de style pour représenter des idées complexes ou abstraites, l’artiste parle volontiers de film sonore, une métaphore qui permet de déchiffrer son processus créatif : chaque son est un acteur, un objet en mouvement, parfois suivi d’une traîne de réverbération telle la queue d’une comète. Cela crée une expérience tridimensionnelle, presque tactile que l’on pourrait comparer à des effets de réalité augmentée audio, à l’instar d’une scène chez le coiffeur qui ferait le son des ciseaux tourneraient autour de votre tête.

Toutes les musiques peuvent bénéficier de cette spatialisation, mais Dweezil note une différence majeure entre la musique moderne et les répertoires plus anciens : les sons électroniques ou synthétiques s’accommodent mieux d’une grande liberté de positionnement, car ils ne sont pas associés à une présence scénique concrète. En revanche, déplacer des guitares ou des batteries hors de leur place habituelle peut nuire à la perception d’un morceau rock, tant notre cerveau est habitué à une certaine configuration spatiale.

Dweezil Zappa fait du storytelling un outil incontournable pour présenter son travail qui adopte une forme sensorielle et intuitive plus proche du registre de ses clients, peu à l’aise avec le jargon technique et s’exprimant davantage de manière ésotérique à travers des couleurs, des textures ou des sensations. Son rôle consiste alors à traduire les ressentis en ajustements techniques et à faire le lien entre l’émotion perçue et les outils numériques, tel un traducteur de l’invisible. S’il devait donner un titre à sa pratique du design sonore, ce serait « Les folles aventures de Hikari Studio », un clin d’œil à son espace créatif qu’il considère comme un laboratoire sonore obsessionnel. Que le mot Hikari signifie « lumière » en japonais, et aussi « geek » en finnois lui apparaît comme une coïncidence révélatrice de sa quête perfectioniste entre détails et clarté.

Pour résumer son approche à travers une seule œuvre, il choisirait le travail orchestral réalisé avec le Metropole Orkest d’Eindhoven. « Composer pour un grand ensemble et entendre sa musique réarrangée par des instruments classiques a été pour moi une expérience sensorielle totale, presque comme un bain de fréquences. Me promener sur scène entre les sections de cordes et de cuivres, ressentir les vibrations selon sa position, c’est, selon moi, l’expérience sonore la plus intime et immersive que j’ai vécue. »

Ce que le sound design nous souffle à l’oreille

Du remix de Deep Purple aux bains de fréquences avec le Metropole Orkest, Dweezil Zappa nous rappelle une chose simple. Le son bien pensé ne se contente pas d’accompagner un message, il le fait vivre dans le corps de celui qui l’écoute. Une piste précieuse à l’heure où l’audio et l’immersif s’invitent dans nos dispositifs de communication.

Et vous, quelle place laissez-vous au son dans vos prochaines prises de parole ?

“Storytelling, l'art de captiver par le design” We Are COM Mohammed Ben Totoch

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